Spleen et Providence
J'ai toujours été passionné par le verbe, mais n'avais jamais joué avec. Jusqu'au jour où c'est lui qui a commencé à se prêter au jeu. L'éloquence et la chanson se sont invitées dans ma vie, et depuis, elles ne m'ont plus quitté. Je n'avais pas prévu que la musique prendrai une si grande place en revanche.
Celle que je dois remercier en premier est ma bonne étoile. La providence m’a pris par la main et, durant les quelques mois qui suivirent ma décision d’arrêter le lycée, les évènements allaient s’enchaîner d’une manière presque prédestinée
« Le travail c’est du talent qui ne se voit pas » - Brel
Pourtant, au début de « mes saisons concours », je ne remportais évidemment rien. Il allait me falloir patienter plusieurs années avant de passer ne serait-ce qu'une première étape. Pas de prédispositions, pas de talent inné apparemment. À mon grand dam. Ne me restait que le travail. Et d'un autre coté, Pierre Perret disait que le talent, c’était 99% de travail. J'ai alors compris que la fibre n’en représentait – en réalité – qu'une toute petite part.
Dites à ceux qui m’attendent au tournant que je vais tout droit !
Quelques semaines après avoir pris la décision d’arrêter les études, je déclamai un texte devant une personne qui allait changer ma vie. Par hasard – ou pas – je citais Zazie pour étayer mon propos. Et la dite-personne me proposa une rencontre avec une des plus grandes autrice-compositrice-interprète, quelques mois plus tard.
Je ne sais ni le comment, ni le pourquoi, mais mes mots (les miens, rien qu'à moi) allaient se retrouver dans les mains de celle que j'admirais le plus. Et ce fut à partir de cet instant – cette rencontre – que mes choix me mèneraient vers des routes nouvelles.
Des chemins de travers
« Il aime la justesse. J’ai la plume couteau ces temps-ci. Il devrait apprécier. »
J’arrêtai le lycée après avoir commencé à écouter Mohammed Taleb, philosophe contemporain de la décroissance. Ses paroles – doublées de celles des classiques et des antiques – n’ont fait qu'attiser et justifier mon aversion de jeune anticonformiste prétentieux contre la scolarité classique. Alors je quittai ma « prépa-SciencePo » et mon lycée fort apprécié, chaleureux et confort. Ce qui est marrant, c’est qu’après avoir pris cette décision, je commençai à remporter concours sur concours. Et allait arriver ma rencontre avec la grande Zazie.
Peu après, je me laissai tenter par une sélection qui visait à rejoindre le collectif « ©Chanson sur scène » de Célina Ramsuaer, qui allait devenir des moments charnières de mon année-tremplin. Je passai donc d’une « Prepa SciencePo Paris » à « N’a même pas son BAC ! », comme disaient mes parents, mes professeurs, mes amis…
Qu’importe, j’allais réussir, car l’école n’était désormais plus chose pour moi. Il fallait que je chante. Ducunt volentem fata, nolentem trahunt. C’est alors qu’un autre grand nom allait s’écrire dans mon parcours : Claude Lemesle. Une des plus grandes plumes de la chanson française.
« J’étais sur le point de toucher du doigt ce dont j’avais nécessairement besoin pour réussir. Je voulais les étoiles, et il me fallait une très grande échelle. Alors, Claude est arrivé. […] Mais je ne pouvais prédire si ma plume allait reussir à charmer la sienne. Il aurait fallu les laisser discuter entre elles, je pense. »
Son visage stoïque rappelant un froid rude mais nécessaire à laisser fleurir les printemps, et ses yeux pleins d’un engouement que l’on pourrait difficilement enlever à un enfant, donnaient forme à une dichotomie que l'on ne pouvait observer que chez les plus grands. Ça ne rendaient les diagnostics qu'il posait sur les textes que plus admirables, lors de ses ateliers.
Il aime la justesse. J’ai la plume couteau ces temps-ci. Il devrait apprécier. »
« Je rencontrai Lemesle la semaine suivante, chez lui, à Paris. Ça y est. J’allai y monter. À Paris. Qu’en penser. J’allai la quitter très vite aussi, alors bon. Où aller maintenant »
C’est décidé : Je serai parolier !