Spleen et Providence
Je me suis passioné pour le Verbe depuis mes premières années, mais ne m'étais jamais permis de jouer avec. Jusqu'à une année, ou le bon augure m'a souri. L'éloquence et la chanson se sont invitées dans ma vie assez inopinément. Et depuis, elles ne m'ont plus quitté.
J'ai fait de ces deux disciplines les pierres angulaires de ma vie active.
Ce que je peux affirmer en premier, c'est d’être né sous une bonne étoile. Car durant les quelques mois qui suivraient ma décision d'arrêter le lycée, les évènements allaient s'enchainer d'une manière… comment dire… assez providentielle.
« Le travail c’est du talent qui ne se voit pas »
Pourtant, au début de « mes saisons concours », je ne gagnais rien. Il allait me falloir patienter plusieurs années avant de passer mes premières étapes. Pas de prédispositions, pas de talent inné. Seulement du 🅃🅁🄰🅅🄰🄸🄻.
Jacques Brel disait : « Le talent, c’est le travail qui ne se voit pas ». Dans la même idée, Pierre Perret disait que le talent, c’était 99% de travail, et que la fibre n’en représentait – en réalité – que la dernière part.
Dites à ceux qui m’attendent au tournant, que je vais tout droit !
Quelques semaines après avoir pris la décision d’arrêter les études, je déclamai un texte devant une personne qui allait changer ma vie.
Par hasard – ou pas – je citais Zazie pour illustrer et étayer mon propos. Et la dite-personne me proposa une rencontre avec une des plus grandes autrice-compositrice-interprète, quelques mois plus tard.
Je ne sais ni le comment, ni le pourquoi, mais mes mots (les miens, rien qu’à moi!) allaient se retrouver dans les mains de Isabelle de Truchis de Varennes. Et ce fut à partir de cet instant – de cette rencontre – que mes choix me meneraient vers des routes nouvelles.
Des chemins de travers
« Il aime la justesse. J’ai la plume couteau ces temps-ci. Il devrait apprécier. »
J’arrêtai le lycée après avoir commencé à écouter Mohammed Taleb, philosophe contemporain de la décroissance. Ses paroles – doublées de celles des classiques et des antiques – n’ont fait qu’alimenter et justifier mon aversion de jeune contre la scolarité classique.
Alors j’ai quitté ma « prépa-SciencePo » et mon lycée. Ce qui est marrant, c’est qu’après avoir pris cette décision, je commençai à remporter concours sur concours. Et allait arriver ma rencontre avec la grande Zazie.
Puis, comme si ce n’était pas suffisant, j’allai passer une sélection pour rejoindre le collectif « ©Chanson sur scène » de Célina Ramsuaer, qui allait devenir des moments charnière de mon année-tremplin.
Je passai donc d’une "Prepa SciencePo Paris" à "N’a même pas son BAC" comme disaient mes parents, mes professeurs, mes amis...
Qu’importe ! J’allais réussir, car l’école n’était désormais plus pour moi. Il fallait que je vive. Ducunt volentem fata, nolentem trahunt
C’est alors qu’un autre grand nom allait s’écrire dans mon parcours : Claude Lemesle. Une des plus grandes plumes de la chanson française du siècle dernier, et de celui-ci.
« J’étais sur le point de toucher du doigt ce dont j’avais nécessairement besoin pour réussir. Je voulais toucher les étoiles, et il me fallait une très grande échelle. Ainsi Claude est arrivé. […] Mais je ne pouvais prédire si ma plume allait plaire à la sienne. Il aurait fallu les laisser discuter entre elles, je pense. »
Son visage stoïque rappelant un froid rude mais nécessaire à laisser venir le printemps, et ses yeux pleins d’un engouement que l’on pourrait difficilement voler à un enfant, ne donnent que du crédit aux diagnostics qu’il posait sur les textes, lors de ses ateliers.
Il aime la justesse. J’ai la plume couteau ces temps-ci. Il devrait apprécier. »
« Je rencontrai Lemesle la semaine suivante, chez lui, à Paris. Ça y est. J’allai y monter. À Paris. Qu’en penser. J’allai la quitter très vite aussi, alors bon. Amour éphémère. »
C’est décidé : Je serai parolier !
``